Réformes territoriales, compétitivité des territoires et souffrance au travail des cadres

La loi MAPTAM du 27 janvier 2014, puis la loi NOTRE du 7 août 2015 consacrent la vision libérale du découpage territorial de la France.Ces lois sont aussi en parfaite cohérence avec les politiques européennes de marchandisation des services publics et de mise en concurrence des territoires.La réduction de l’offre de services publics et la baisse des effectifs de la fonction publique sont au cœur de ces politiques.Cette vague de libéralisme et d’austérité sera lourde de conséquences pour les usagers.

Mise en concurrence des cadres

Les cadres sont en première ligne , entre le marteau et l’enclume. ils sont les premiers à en subir les effets dévastateurs, et dans le même temps , ils sont les courroies de transmission de ces réformes.Alors que la croissance de productivité chez les cadres, générée notamment par la diffusion des outils technologiques se répercute dans les régimes indemnitaires et compense localement le gel du point d’indice, les exécutifs, au contraire, ont verrouillé les évolutions salariales.

Cette austérité budgétaire est aussi l’argument justifiant les mutualisations.Ils peuvent avoir parfois un sens en termes de services publics mais sont en général des occasions de réduire des effectifs, dans l’encadrement particulièrement.Pour mettre en forme ces réformes, partout se développe le lean management.

Parfois, les encadrants se voient signifier la mise à la vacance de leur propre poste. Ils doivent re-postuler quand le leur est passé à la trappe.

L’administration valorise exclusivement la figure du cadre « manager » aux dépens de l’expertise ou de l’ingénierie qui prévalaient jusqu’ici.Cette logique est pernicieuse. A travers les différents séminaires des « managers » , on impose la doctrine libérale . L’administration assure ainsi la fidélité , voire la « soumission » pour qui rien n’est plus jamais acquis.

Les nouvelles collectivités issues de ces réformes veulent ressembler à des entreprises comme les autres.Ce changement de posture impose aussi une mutation violente des valeurs en interne.Les cadres sont devenus désormais des gestionnaires de la pénurie , il faut faire mieux avec moins,et si l’objectif n’est pas atteint ils en sont directement redevables.Très loin souvent des motivations qui les ont fait épouser la fonction publique, ils font face à la double perte du sens du travail et des valeurs.Les collectifs de travail qui étaient consacrés hier comme source de l’efficacité du service public sont balayés au profit de logiques individuelles, tant dans l’exercice du travail que dans l’évolution des carrières.

Le modèle hiérarchique de prise de décision place de plus en plus les cadres dans une posture d’exécutants.Ils doivent aujourd’hui tout quantifier, évaluer, normer, rationaliser, en raccourcissant les délais de mise en œuvre des activités sur la base de tableaux de bord quantitatifs.Même en désaccord, les cadres sont bien souvent obligés de mettre en œuvre ces réformes, les réorganisations, les recherches d' »efficience » et d’employabilité des agents.Individuellement, ils ne peuvent s’y soustraire sous peine d’éviction.Tout cela génère de plus en plus de souffrance au travail, burn-out et bore-out (l’ennui qui rend malade).

La CGT représente aujourd’hui un des seuls espaces de dialogue et de revendication pour les cadres , car la réponse ne peut être que collective et organisée.

La CGT revendique:

  • le refus des retraits ou modifications de missions, des mises au placard, des évaluations individuelles négatives, des blocages d’avancement et des promotions, des mobilités brutales imposées.
  • un « management » alternatif basé sur le sens, l’utilité du service public et l’Humain.
  • de véritables plans de prévention des risques psychosociaux chez les cadres comme chez tous les agents, la mise en place d’un plan de lutte contre les discriminations.
  • la production d’études d’impact pour toute réorganisation à présenter préalablement au CHSCT

 

Imprimer cet article Télécharger cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *